Éclats de douleur

femme epleuréeAprès le discours du prêtre, Emma se dirige vers le groupement de personnes venues saluer la mémoire de sa sœur. Elle reconnait certains, pour d’autres elle n’a aucune idée de qui ils sont et comment ils sont arrivés là. Elle hoche la tête en guise d’acquiescement à chaque message de réconfort qui lui est adressé. Je pense, du moins j’espère que c’est l’attitude à adopter, se dit-elle intérieurement. Elle tente d’esquisser un sourire à chaque visage, mais ses lèvres semblent ne pas vouloir suivre. Alors elle ne force pas et continue son rituel de remerciement.

Il faut dire que ces derniers jours les choses se sont précipitées pour elle et sa famille. Admise aux urgences pour une douleur violente à la cage thoracique, sa soeur avait ensuite été diagnostiquée avec une malformation cardiaque.

Il a fallu moins de trois jours aux médecins pour décider d’une intervention chirurgicale. Près d’une heure pour les spécialistes de leur expliquer  à ses parents et elle en quoi consistera la procédure. “Il y aurait des risques” c’est tout ce qu’elle se rappelle avoir retenu de ce langage extra-humain. Quatre heures plus tard les médecins avaient compris qu’ils ne pouvaient plus rien. Cinq minutes ont suffi à leur couper le souffle et a scellé leur nouvelle vie. Il venait de leur être annoncé que leur fille et sœur ne rentrera pas avec eux à la maison. Têtes baissées et sanglots profonds, les parents d’Emma n’avaient pas bien digéré la nouvelle. Emma quant à elle, avait plongé dans l’organisation funéraire. Ne s’accordant aucun repos, aucune minute de solitude avec cette pensée. Elle avait dû avec ses parents choisir ce qui seraient les derniers vêtements de sa sœur, décider du lieu de de la cérémonie et des fleurs. Une semaine bien pleine pour Emma pour organiser ceci et cela et se garder bien loin de l’idée d’une fin.
On arrive maintenant à la fin de la journée, les derniers invités adressent leurs dernières condoléances. Le soleil a presque déjà quitté l’horizon laissant place à un ciel gris et pâle. Emma et sa famille terminent les derniers rangements. Tout est presque terminé de cette journée, et de cette semaine pénible et douloureuse. Chaque seconde de ce périple a été à la fois bref et interminable.
Chaque personne s’attèle au rangement, on s’assure qu’aucun meuble ou objet décoratif ne manque à l’appel. On nettoie, dépoussière, passe et repasse en dessous et au-dessus des meubles comme pour garder la maison dans son habituel d’avant. On se regarde, on se parle sans se dire un mot, s’enlace même souvent, mais en silence. Personne ne réussit à briser le silence de la douleur qui pèse.
Emma est maintenant seule dans sa chambre, les images accrochées sur les murs rappellent les moments de joie lointains. Seule face à ses souvenirs, Emma sent son cœur se nouer de douleur, elle sent monter une pression dans ses yeux.  Elle tremble de chagrin pour autant elle ne veut pas pleurer pour ne pas avoir à dire au-revoir, à accepter de laisser partir sa sœur.  Elle ne sent pas encore prête, elle ne le sera probablement jamais pense-t-elle. Le chagrin continue de pousser, elle peut entendre son cœur se broyer sous l’effet de la tristesse, du questionnement et de la colère. Les émotions se mélangent dans son corps qu’elle n’a pas le temps d’atteindre son lit, elle s’effondre en sanglots sur le sol de sa chambre. Où tu es? Parle-t-elle à sa sœur. Je refuse de te laisser partir, je ne suis pas prête et tu ne m’as pas préparée à ceci. Elle pleure. Elle s’en accorde le droit.

Et puis qu’ont-ils tous à me dire se reprend-elle en essuyant ses yeux trempés que ton esprit veillera sur moi depuis le ciel. Personne ne lui a jamais demandé son avis à ce sujet, Emma n’a pas besoin de voir sa sœur la protéger depuis le ciel, c’est tout près d’elle ici-bas qu’elle la veut. D’ailleurs, elle ne comprend pas pourquoi choisir sa sœur, on lui a toujours dit qu’il y’avait une « force » très grande qui logeait les lieux secrets du ciel et qui remplissait déjà bien cette mission.
Des heures s’étaient écoulées depuis, Emma adossée sur le pas de la fenêtre de sa chambre des photos de famille dans les mains. Elle  continue de parler à sa sœur sans ouvrir la bouche et sans dire un mot.

La nuit reste longue, les jours prochains aussi.

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